Non accueil des migrants: cette mairie est-elle de gauche ?

 

La gauche, si les mots ont un sens, c’est d’abord donner plus à ceux qui ont moins. Ce critère de base fonctionne parfaitement sur le sujet des réfugiés, demandeurs d’asile, en gros tous ceux qui ont dû quitter leur pays contraints et forcés pour simplement survivre. Il y a aujourd’hui en France, selon les estimations, environ 50.000 personnes dans ce cas, et 15.000 places d’hébergement recensées. Le problème est d’abord national, mais il est aussi local, qu’on le veuille ou non, quand des gens sans ressources se retrouvent à notre porte. Or, devant cet état de fait, depuis 2015, des mairies ont bougé pour apporter des réponses et elles sont toutes à gauche : Nantes, Paris, Saint-Denis, Briançon, Lyon, Strasbourg, Grande-Synthe, Grenoble, Villeurbanne.  Pour prendre un seul exemple, Villeurbanne a même mis en place un jury citoyen composé de personnes volontaires et de citoyens tirés au sort. Ensemble, ils ont produit un programme d’actions, 14 fiches actions  à consulter.

Cela n’empêche pas les maires des villes citées d’interpeller l’Etat, mais ils n’attendent pas qu’il change de politique pour agir,  et pour s’organiser au travers de l’association nationale des villes et territoires d’accueil (ANVITA) présidée par le maire écologiste de Grande Synthe, Damien Carême.

 

En Juin 2018, déjà, j’avais interpellé le maire au Conseil Municipal sur cette question simple et dénuée de toute agressivité: « comptez-vous prendre une initiative en ce domaine d’ici la fin de l’année (2018) ? » Je n’avais alors eu pour toute réponse que : «  on ne vous a pas attendu pour s’en occuper, circulez». Depuis, il y a eu l’émergence du collectif associatif Rosmerta et l’occupation du bâtiment de l’archevêché qui a permis d’abriter une trentaine de sans abri. Ce collectif est soutenu par un certain nombre d’organisations politiques et/ou de militants politiques affiliés au  : NPA, EELV, PCF, LFI, Solidaires 84, etc.  qui ont également déposé une motion en mairie le 21 Mars dernier. Sans réponse. Pourtant LFI et le PCF siègent dans la majorité du Conseil Municipal.

Pour en avoir le cœur net, face à ce mutisme incompréhensible, j’ai donc reposé la même question au Conseil Municipal du 24 Avril 2019: l’action de la Ville d’Avignon se résume-t-elle aux 1500 euros octroyés à l’association 100 pour 1 (qui collecte des dons pour payer des loyers permettant de loger des familles) ? La réponse est que la ville, en dehors de cette subvention, aide les associations caritatives telles que le Secours Catholique (4000 €), le Secours Populaire (4000 e) et accepte de scolariser les enfants dans les écoles primaires. Sur ma suggestion d’utiliser la réserve de 700.000 € disponible sur le budget d’investissement du CCAS pour acheter le bâtiment de l’archevêché, il m’est répondu que cette somme est nécessaire pour pourvoir au fonds de roulement. En tout état de cause, aucune proposition alternative n’a été envisagée.

Il faut donc désormais en prendre acte : le sort des réfugiés n’intéresse pas cette municipalité. Un jour prochain, les familles hébergées par Rosmerta seront sans doute expulsées, et nous n’aurons rien à leur proposer, dans cette ville qui a construit sa prospérité grâce à l’apport de générations successives d’immigrés venus d’Italie, d’Espagne, du Maghreb, et qui, partis de rien, ont créé richesse et beauté. Cet été, le Festival d’Avignon célèbrera «  Les Odyssées Contemporaines » dans une ville qui détourne obstinément le regard de la réalité des migrants d’aujourd’hui. Est-ce  cela dont nous avions rêvé en 2014 ?

Au final, est-ce si surprenant ? Un maire qui a pris ses distances avec le Parti Socialiste, une majorité municipale qui va de la France Insoumise à la République en Marche en passant par le Medef et le Parti Communiste, tout cela compose un patchwork en panne d’identité et de boussole idéologique. Dans la langue « majorité municipale », seul compte, dans la plus pure tradition de l’apolitisme de droite, « l’intérêt des avignonnaises et des avignonnais ». Dont les migrants, visiblement, ne font pas partie. Quand on en est là, se dire encore de gauche relève du boniment. Albert Camus disait: « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Il n’en a pourtant pas besoin.

Olivier Gros

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